où “se placer” ?


Octobre 2016

La “molécule dynamique” ?

“Cherche tes réponses dans la nature ... Arrête de la massacrer ! Elle est sacrée ta nature ...” ~ Jim Magine
Quel est l'apport spécifique de l'Arbre Relationnel en terme d'usage dans la vie psychologique courante ? Pour commencer, que me donne-t-il à vivre de particulier à moi que je ne vivrais sans ?
Cet Arbre, comme je l'ai dit, est d'abord le fruit d'une histoire vécue—à l'intérieur de laquelle mon “rôle” n'a pas été glorieux, mais diablement courageux. ... Le Réel en effet “subsiste”. J'ai subsisté dans la douleur. J'ai accepté cette sordide position—non pas de totale soumission, mais bien de contamination intérieure—intenable sur le long terme sans désintégration. Une purge karmique de ce type par la souffrance auto-infligée est-elle réellement nécessaire ? Non. ... Face à moi la mesure du rétablissement de l'équilibre avec ce que j'incarnais moi : à savoir, la Gloire en personne ! Un tempérament de pique et de glace pour lequel tout était constamment “possible”—“révolutionnable” même ! L'Insistance permanente de volontés en “opposition à” et “externalité à”. Le lancement de défis bagarreurs, bouillonnants et téméraires. Une sensibilité vive, mais de surface.
Un épuisement pour l'entourage. Et le dessin progressif d'une résolution et d'une entente au sein de cette polarisation “négatif” versus “négatif”. En effet, ni l'une, ni l'autre des postures n'était acceptable. Chacune instinctivement chassant l'autre dans ses retranchements toxiques. Il nous fallait inverser la dérive qui nous meurtrissait et nous écartait l'une de l'autre et, tout au contraire, viser à nous rapprocher l'une de l'autre—en voie du milieu. L'idée de l'Actuel qui “arrive” au sein d'une présence à soi authentique et modérée, holistiquement synchronisée et adaptée, fit alors son chemin. Et le lotus de méditation sembla le meilleur des canaux posturaux d'entraînement—tant physiquement que psychiquement. Il nous permit de faire advenir en nous une nouvelle tranquillité, stabilité, ... une nouvelle attention—capable de nous rendre toutes deux réceptives à l'autre dans ses réalités les plus “virtuelles”—existentielles, suprêmes. Et cela au sein de la pragmatique et de la dynamique -mêmes de l'Actuel (seul lieu par soi pleinement “habitable” dans l'instant). L'une se raffermit et l'autre s'adoucit alors. ...
La leçon de la molécule dynamique est donc celle du “placement” de soi. Où je me place vis-à-vis de moi-même—dans mon alignement personnel physio-spirituel ? Et où je me place vis-à-vis de mon entourage—dans ma manière de “relationner” équilibré : face à ce que l'autre en moi incorpore de “virtuel”—de richesses chaosmiques me faisant toucher au Sacré ? Où je me place ? Dans l'amour et l'harmonie pour une descente supra-consciente divine ? Ou dans le déni et l'agression pour des remontées subconscientes dégradantes ? Suis-je du côté de la Grâce—de la légèreté et du lâcher-prise ? Ou est-ce que je m'obstine à demeurer dans la résistance et le non-traitement de mes obsessions ? ... Telle est l'équation.
L'Actuel est le lieu de collusion de toutes les polarités mêlées. Soit grimaçant, il fait des nœuds, soit agréablement, il coulisse. ... L'Actuel est intelligent. Dans l'action, il sait franchir les caps, dépasser les écueils, adapter sa forme à l'environnement, intégrer la nouveauté. Il traverse dynamiquement l'instant. Il est le liant. ... C'est là que nous nous trouvons. Comment apprendre aux adultes et aux enfants à “se trouver”—comme l'équilibriste—en ce lieu-charnière ? Entre rétention et protention *1 & *2—sur le fil du passé, du présent et de l'avenir, comment vivre le temps ? Le temps “vivant” ? Tel est l'exercice auquel je me suis livrée toute la seconde partie de ma vie. Je crois que j'ai beaucoup progressé. Je crois aussi que le développement “normal” du cerveau de l'enfant—si on le laisse “jouer”—permet naturellement cette coordination sensorimotrice-là. Parce que l'on m'empêchait de librement jouer, à moi enfant, elle faisait défaut. C'est pourquoi à l'âge adulte, je me suis tant trouvée sensibilisée à ces approches—qui m'expliquaient, me décrivaient comment spontanément les choses auraient du pouvoir se passer pour moi et comment je pouvais encore en rétablir le fonctionnement automatique en rééduquant mon inconscient. Rééduquer un inconscient est une affaire de pratique. La méditation assise “off-line” a du être un pilier d'amorçage—une phase difficile, vide et angoissante (dont je me souviens mal à ce jour) ; puis la méditation en action “on-line” a pu prendre le relais de celle statique et emmener l'intelligence attentionnelle dans le mouvement. Car l'endroit du mouvement était le plus problématique—comme de l'intérieur contrôlé et arrêté. Il fallait en confiance, et de l'intérieur toujours, pouvoir le relancer.
Aujourd'hui, j'assume ma nouvelle “normalité”—devenue comme pour tout le monde “transparente” à moi-même. Mais je peux dire que je connais la possibilité vécue, incarnée, de la dé-construction inverse. C'est pourquoi j'insiste sur la nécessité de conscientiser un minimum cette “molécule dynamique” polarisée que nous sommes. Pour en soi conserver le monitoring du placement juste et approprié en chaque situation. Pour en soi spontanément ou impulsivement déclencher l'expertise éthique du Savoir-Faire—cher à Francisco Varela. Nous sommes des êtres de Sagesse—simplement voilés, abîmés dans notre nature : il s'agit donc seulement de nous “re-placer”. Et pour cela de nous “dé-voiler”. ...

*1 • [ wiki ] Our experience of the world is not of a series of unconnected moments. Indeed, it would be impossible to have an experience of the world if we did not have a sense of temporality. That our perception brings an impression to our minds depends upon retention and protention. Retention is the process whereby a phase of a perceptual act is retained in our consciousness. It is a presentation of that which is no longer before us and is distinct from immediate experience. Retention is not a representation or memory but a presentation of a temporally extended present. That is, a present that extends beyond the few short milliseconds that are registered in a moment of sense perception. Protention is our anticipation of the next moment. The moment that has yet to be perceived. According to Husserl, perception has three temporal aspects, retention, the immediate present and protention and a flow through which each moment of protention becomes the retention of the next.

*2 • Pour Husserl, le fil du temps est une continuité d'instants qui s'excluent les uns les autres. Mais une intentionnalité immanente et spécifique re-tient ou anticipe (pro-tient) à chaque instant, en raccourci, l'ensemble de la sensation. C'est la conscience même du temps, le sentir de la sensation. Chaque impression (perception) est originelle, absolument neuve, est à chaque fois présente, ou retenue, ou pressentie, et pressent l'imminence de sa propre retraite. Par ces écarts, le flux du vécu devient conscience du temps. Le temps ne surgit ni d'un point intemporel, ni d'un temps préexistant ; il effectue un retour sur lui-même, une itération fondamentale. Visée, événement, pensée et conscience coïncident. La conscience du temps est la temporalisation même. La rétention et la protention ne sont pas constatées après-coup ; elles sont la façon même du flux. Husserl appelle ce flux “subjectivité absolue”, plus profonde que l’intentionnalité objectivante et antérieure au langage. Cette intentionnalité première coïncide avec l'oeuvre même du temps. ~ Emmanuel Lévinas “En découvrant l'existence avec Husserl et Heidegger”, Eds Vrin, 2001 – p 212.


akmi, “L’Arbre de ma vie - Journal d’une illuminée” (extrait), octobre ‘16

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